ADN et corps humain

La télomérase est une enzyme qui permet de conserver nos chromosomes intacts et de retarder ainsi le moment où nos cellules entrent en phase de sénescence cellulaire.

Alors… la télomérase serait-elle une clef pour améliorer la longévité et atteindre la vie éternelle ?

Article mis à jour le 28/07/2019

Les télomères et leur usure avec l’âge

Les télomères c’est quoi ?

Les télomères sont comme des « capuchons protecteurs » des extrémités de nos brins d’ADN.

E. Blackburn (qui a découvert la télomérase en 2009) a comparé les télomères à l’embout de plastique qui termine nos lacets et évite qu’ils ne s’effilochent. Ils protègent donc les extrémités de nos hélices d’ADN, où est inscrit notre patrimoine génétique, au coeur de nos cellules. Ce code génétique de l’ADN sert, entre autres, à donner les informations à nos cellules pour qu’elles fabriquent des protéines spécifiques (des pièces mécaniques cellulaires, des hormones, des enzymes, etc…) qui vont assurer leur bon fonctionnement.

Pourquoi ils se raccourcissent

Pour régénérer en permanence nos tissus, nos cellules se divisent régulièrement, une cellule donnant naissance à deux nouvelles cellules. Lors de chaque division cellulaire, notre système de réplication est incapable de finaliser correctement la reproduction des extrémités des chromosomes, et leurs télomères protecteurs s’usent. Ainsi, au cours de notre vie, on peut constater un raccourcissement progressif des télomères de nos cellules.

Lorsqu’il n’y a plus de protection par les télomères, le chromosome se détériore lors des divisions cellulaires. La cellule entre alors en sénescence, puis se détruit elle-même par « apoptose ». Ce suicide cellulaire est programmé dans notre corps mais avec l’âge, il devient moins efficace, et certaines cellules vont y échapper. Ces cellules sénescentes vont s’accumuler dans nos tissus, dégradant leur qualité. Ces tissus et nos organes, faits de cellules, vont alors montrer des signes de vieillissement, et fonctionner moins bien.

Ceci explique probablement que la plupart des cellules humaines meurent en moyenne après 50 à 70 divisions. Cette limite est connue depuis des décennies sous le nom de « limite de Hayflick« .

Vérifier l’âge biologique par la longueur de ses télomères

Il existe aujourd’hui quelques laboratoires proposant d’effectuer des mesures de télomères pour des tarifs allant de 200 à 700 euros. Il est fort possible que, dans l’avenir, ces mesures soient pratique courante dans le cadre d’une médecine préventive des maladies liées au vieillissement.

La longueur des télomères a été considérée comme une horloge biologique, liée à l’espérance de vie, mais ce n’est pas vraiment le cas. Des études ultérieures ont contredit cette idée. En revanche, ce raccourcissement, serait bien corrélé au risque de maladies du vieillissement, et à notre immunité devant les infections, surtout pour les télomères très courts qui serait liés au risque de voir se développer des maladies de dégénérescence et des cancers.

La longueur moyenne des télomères serait également un bon indicateur de notre stress oxydant. Néanmoins, de l’avis de E. Blackburn elle-même : plutôt que la longueur, il est plus intéressant de considérer le rallongement ou le raccourcissement des télomères qui seraient de meilleurs indicateurs.

De plus, notre hygiène de vie peut donner aussi une idée de l’état de nos télomères, en particulier :

  • L’alimentation peu saine (trop de sucres, d’oméga 6, de produits transformés, de charcuteries industrielles, de céréales raffinées, les sodas…) et les substances toxiques ingérées
  • la pollution environnementale (chimique, électromagnétique, sonore…)
  • de mauvais rapports sociaux et affectifs
  • la sédentarité, etc…

sont prédictifs de télomères courts. De même, le manque de sommeil, le stress anxieux, la douleur chronique sont associés à des télomères plus courts (études de 2011 et 2012).

On peut aussi rajouter les éléments suivants, qui favorisent le raccourcissement des télomères :

  • le surpoids et l’excès de calories quotidien
  • le tabac
  • la résistance à l’insuline
  • le manque de défenses antioxydantes et l’inflammation
  • le manque de vitamine D…

La télomérase : l’enzyme anti-vieillissement ?

ADN rajeunissementLa télomérase répare les télomères usés

La télomérase est une enzyme fabriquée par notre corps. Elle est capable de réparer l’usure des télomères lors d’une division cellulaire. Ainsi, ils ne se raccourcissent pas et les divisions de la cellule, voire sa vie, ne sont plus limitées.

Il a été constaté par les chercheurs que la longueur des télomères est liée au potentiel longévité de chaque personne et permet de définir l’âge d’une cellule. A 80 ans, la longueur des télomères s’est réduite de moitié par rapport à la naissance.

Le raccourcissement des télomères et l’activité de la télomérase sont liés à divers phénomènes biologiques comme le cancer, des maladies cardiovasculaires, la baisse de l’immunité. Des études ont montré que des stress psychologiques importants pouvaient aussi l’influencer.

Des chercheurs d’Harvard pensent que le raccourcissement des télomères entraîne une dégradation de nos mitochondries (les petites génératrices d’énergie dans nos cellules), ce qui accélère le vieillissement.

Il semble que les phénomènes d’oxydation et la production trop importante de radicaux libres dans la cellule soient une cause majeure dans la détérioration des télomères.

Des cellules « immortelles »

Chez l’homme la télomérase n’est vraiment active que pendant le stade embryonnaire. Chez l’adulte, elle se limite à fonctionner dans nos cellules souches, nos cellules germinales, et certaines cellules sanguines.

Les « cellules souches » sont capables de se transformer en différents types de cellules pour tel ou tel tissu de notre corps (par exemple cellules de la peau, de l’os, d’un organe, etc…). Leur potentiel de division cellulaire est beaucoup plus grand que celui des autres cellules.

D’un autre côté, on a constaté que la télomérase était à nouveau très active dans les cellules humaines cancéreuses qui sont quasiment « immortelles ». Hélas, une étude a justement montré qu’utiliser la télomérase sur des cellules pouvait en rendre certaines cancéreuses. Le rêve de longévité illimité et d’immortalité n’est donc pas encore atteint avec la télomérase mais cela n’enlève pas son intérêt.

Réactiver la télomérase pourrait rajeunir une cellule usée

A l’Ecole Médicale d’Harvard, De Pinho et son équipe ont constaté une amélioration de la longévité, avec une inversion du vieillissement, chez des souris génétiquement modifiées pour ne plus fabriquer de télomérase. En injectant une substance capable de réactiver la fabrication de télomérase chez ces souris vieillies et affaiblies prématurément, un véritable rajeunissement des animaux a été constaté avec une régénération des tissus abîmés. Ceci fut publié en 2010 dans la revue Nature.

D’autre part, par manipulation génétique, des chercheurs ont pu activer les gênes de la fabrication de télomérase au niveau cellulaire. Ainsi modifiées, les cellules deviendraient quasiment immortelles. et pourraient être cultivées tout en restant jeunes, pour servir plus tard à la régénération de tissus abimés. Cela fut le cas pour des fibroblastes de la peau.

adn et telomeresLa génétique pour fabriquer la télomérase

Le fibroblaste est une cellule très active dans la peau. Il fabrique notamment les fibres de collagène et d’élastine. En culture, il ne peut se diviser que 40 à 60 fois avant d’entrer en sénescence. En manipulant des gênes dans des fibroblastes, on a pu obtenir une réactivation de production de télomérase. Ainsi, ils ont pu se diviser jusqu’à 300 fois, soit 5 à 6 fois plus que la normale. Des expériences similaires ont pu être réalisées avec des globules blancs du sang (lymphocytes).

Préserver nos télomères en réactivant la télomérase

Produits de réactivation de la télomérase

Dans les années 2010-11, la recherche anti-âge est allée beaucoup plus loin. La réactivation de la télomérase chez des souris a permis d’allonger leurs télomères (ceci étant l’inverse de l’effet du vieillissement, on peut parler d’un véritable effet de rajeunissement) et d’augmenter leur durée de vie.

Malgré ces découvertes fantastiques, de nombreuses questions restaient en suspens. Ceci s’applique-t’il bien à toutes nos cellules ? Quels peuvent-être les autres effets de ces manipulations ? Quid du risque réel de cancers si l’organisme reçoit ou fabrique trop de télomérase ?

Bien évidemment, des produits sont rapidement apparus sur le marché (extraits d’astragale, astragaloside IV, peptides spécifiques…). Même des systèmes de vente en réseau se sont mis en place et vendent, à des prix très élevés, ce qu’ils présentent comme des élixirs de Jouvence.

Voici quelques substances capables d’activer (ou réactiver) notre télomérase :

comprime aspirineL’aspirine à faible dose :

Certaines études ont montré qu’elle pouvait protéger les cellules endothéliales vasculaires. Cet effet serait en partie lié à la réactivation de la télomérase.

L’astragale :

Le cycloastragénol et l’astragaloside IV, contenus dans cette plante sont les activateurs de télomerase les plus connus depuis le lancement du produit TA 65 par la firme RevGenetics qui a présenté une étude réalisée sur l’homme avec des résultats intéressants.

La silymarine :

ginkko bilobaC’est un produit actif extrait du chardon marie, très connu pour ses effets protecteurs sur les cellules du foie. Il est largement présent dans le  produit de la firme Isagenix : « Product B » dit « activateur de télomérase ».

Utiles certes, mais pas remède miracle…

Si rallonger les télomères est prédictif de meilleures santé et longévité, les études ont montré ces dernières années que la télomérase n’est pas le remède miraculeux de longue vie tant attendu.

En fait, les produits qui rallongent les télomères agissent vraisemblablement sur des processus liés au vieillissement situés en amont mais n’agissent pas directement sur la longueur des télomères. Celle-ci serait plus une conséquence qu’une cause du vieillissement.  Par exemple, ces produits peuvent aussi diminuer l’oxydation qui, on le sait aujourd’hui, peut raccourcir les télomères.

Autres produits protégeant les télomères

Le ginko biloba :

avec des effets démontrés sur des cultures de cellules humaines.

Le pourpier :

Cette plante habituellement consommée en salade (Portulaca oleacera) était déjà connue pour sa forte teneur en oméga 3.

Et encore :

Citons aussi : les oméga 3, le thé vert, terminalia chebula (haritaki en médecine ayurvédique), la L-carnosine connue pour ses effets contre la glycation

Télomères, longévité et médecine intégrale

Des plantes pour rallonger nos télomères

Il est intéressant de noter que l’astragale est une plante asiatique utilisée depuis fort longtemps en médecine traditionnelle chinoise et ayurvédique, en particulier pour revitaliser les sujets affaiblis. Elle est sensée apporter de l’énergie vitale (le Qi pour les chinois), et stimuler les défenses contre les maladies infectieuses. On lui a aussi découvert des propriétés antioxydantes.

La fameuse étude des effets de l’astragaloside sur les télomères n’a montré qu’un faible allongement de ceux-ci, et pas sur tous les types de cellules contrôlées. De plus, il faut noter que les sujets de cette étude recevaient également une supplémentation en vitamines, minéraux, antioxydants, acides aminés, ginko biloba et autres phytonutriments, omega 3… (voir la liste ici). Donc l’effet n’est pas forcément attribuable à la seule astragaloside. C’est une voie intéressante; à suivre…

Par ailleurs, il est possible que d’autres remèdes traditionnellement utilisés comme revitalisants ou adaptogènes aient ce même effet sur nos télomères. Cela reste à vérifier.

L’hygiène de vie pour ralentir le vieillissement et allonger nos télomères

Les manipulations génétiques et les extraits chimiques ne sont pas les seules possibilités pour allonger nos télomères (ou en tout cas pour ralentir leur raccourcissement) et ainsi améliorer notre longévité. En effet, des études scientifiques menées sur plusieurs années chez l’homme ont montré, que le mode de vie pouvait largement influencer la longueur de nos télomères.

Par exemple, l’adoption d’un mode de vie plus sain (alimentation, exercice régulier, yoga ou méditation) a montré 10% de longueur de télomère en plus par rapport à un groupe témoin n’ayant pas modifié ses habitudes de vie (étude sur 35 hommes atteints d’un cancer de la prostate).

L’alimentation riche en antioxydants, en oméga 3, en vitamines A,C, E, B6, B9, B12, pour assurer des apports optimaux mais sans excès toutefois.

L’entrainement régulier dans l’exercice physique peut activer la télomérase dans les globules blancs chez l’homme.

La méditation avec des pensées d’amour peut améliorer la longévité et la longueur des télomères chez la femme. Les chercheurs des universités de Davis et San-Francisco (Californie) ont découverts que la pratique régulière de la méditation provoque des changements positifs de l’humeur associés à une plus grande activité de la télomérase.

Il s’agit bien sûr de comportements que les médecines naturelles et traditionnelles préconisent depuis toujours. S’il nous fallait des confirmations scientifiques pour ce qui nous paraissait une évidence, c’est aujourd’hui chose faite.

La recherche n’en restera pas là et nous promet certainement de belles découvertes à venir.

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