femme doutant de la dose d'un complement alimentaire

Le dosage d’un complément alimentaire est aussi important que son choix. Trop ou trop peu, et l’effet n’est pas au rendez-vous, voire s’inverse parfois. Pour les substances utilisées depuis des décennies ou traditionnelles, on connaît assez bien les doses utiles, pouvant être ajustées selon chaque personne. En revanche, on ne peut pas toujours en dire autant pour les nouveaux produits apparaissant régulièrement sur le marché de la longévité. Vous allez voir des études contradictoires et apprendre comment bien choisir vos compléments.

Ces produits créent parfois des effets de mode et des protocoles de soins anti-âge plus ou moins justifiés. Il n’est pas rare de voir la dose conseillée augmenter ou diminuer fortement après quelques années d’utilisation.

A la question de savoir si l’on peut se fier aux doses conseillées, je réponds d’emblée : pas toujours. Tout d’abord, je prends l’exemple de ces nombreux produits dits « anti-fatigue », « énergisants » ou « multivitaminés » au marketing impressionnant dont la teneur en certains minéraux ou vitamines ou antioxydants est bien inférieure aux doses efficaces.

Ensuite, voici un exemple très intéressant avec la spermidine dont on parle beaucoup ces dernières années. Sur le papier, elle peut ralentir le vieillissement, stimuler l’autophagie, être antioxydante et bien plus… Diverses études le prouvent mais la spermidine en gélules peut elle vraiment être efficace ?

La spermidine promesse de longévité

fromage et champignons riches en spermidineLa spermidine (une polyamine) est naturellement produite dans le corps humain et trouvée dans de nombreux aliments comme les fromages en fermentation, les champignons, les légumineuses, certaines céréales… Elle joue un rôle important dans de nombreux processus métaboliques, notamment la régulation de la croissance des cellules et leur division/reproduction. Avec l’âge, les niveaux de spermidine dans le corps tendent à diminuer, en corrélation avec certains aspects du vieillissement et des maladies liées à l’âge.

Des études scientifiques ont bien montré que des apports de spermidine pourraient aider à prévenir ou retarder ces maladies, bien que davantage de recherches soient encore nécessaires pour confirmer ces bienfaits.

La spermidine absorbée n’est pas retrouvée dans le sang

Une étude de 2023 (1) a été effectuée sur 12 volontaires sains, randomisée en triple aveugle, contre placebo. La dose de spermidine administrée par voie orale était de 15 mg par jour.

Des échantillons de sang et de salive ont été prélevés, où l’on a dosé la spermidine, la spermine et la putrescine. Ces 3 polyamines sont présentes dans toute cellule vivante et sont essentielles à leur fonctionnement.

Les résultats montrent que la supplémentation en spermidine a significativement augmenté les niveaux de spermine dans le plasma mais n’a pas affecté les niveaux de spermidine (ni de putrescine). Quant à la salive, aucun effet sur les niveaux de polyamines n’a été constaté.

Il semble donc que la spermidine alimentaire soit convertie rapidement en spermine, qui se retrouve ensuite dans la circulation sanguine. Il est bien sûr possible que les effets observés de la spermidine soient, au moins en partie, attribuables à son dérivé : la spermine.

Alors que la plupart des compléments de spermidine préconisent un apport quotidien de 2 à 5 mg, les chercheurs concluent qu’il est peu probable que des doses inférieures à 15 mg/jour puissent se retrouver dans les tissus corporels et y exercer des effets à court terme. La question est aussi posée de savoir si des compléments de spermine ne seraient pas plus appropriés.

Des études scientifiques qui se contredisent ?

Souris de laboratoirePourtant une étude de Eisenberg, T. en 2016 montrait chez la souris, outre des effets intéressants sur la santé et la longévité, des niveaux de spermidine augmentés dans des tissus tels que le coeur, le cerveau, les muscles… après administration orale (2). Les effets de la spermidine étaient donc attribués à sa présence augmentée au sein de ces organes.

Ainsi ces deux études se contredisent sur un point important : l’élévation des niveaux de spermidine dans le corps après absorption orale.

Que devez-vous en retenir ?

Sans remettre en cause les effets de la spermidine sur les phénomènes liés au vieillissement, on peut se poser la question de son action et de son utilisation par le corps humain. Il y a aujourd’hui un nombre croissant d’études chez l’homme qui confirment des effets positifs de la spermidine mais on peut déjà y voir deux choses :

1. il est encore difficile de bien comprendre les effets de molécules étudiées depuis peu de temps, sur la santé et la longévité humaine (quelques années c’est peu).

2. on connaît mal le devenir dans le corps des produits proposés récemment sur le marché, et les doses généralement préconisées ne sont pas forcément très fiables.

Concernant la spermine, ses effets sur la longévité ont été également étudiés, comme ceux des autres polyamines. En particulier, on a observé la façon dont ces polyamines influencent divers processus biologiques associés au vieillissement et à la longévité. On a ainsi constaté son action sur la croissance et le renouvellement cellulaire,la stimulation de l’autophagie, antioxydante… Certaines études chez l’animal ont montré que l’augmentation des niveaux de spermine, peut prolonger la durée de vie.

Le choix des compléments anti-âge en général

  • Qualité et origine : optez pour des produits clairement étiquetés. Privilégiez ceux qui sont certifiés pour leur qualité, testés par des tiers et largement utilisés, ou encore dont l’utilisation est traditionnelle et validée aujourd’hui par la science.
  • Une information plus poussée est conseillée pour les produits n’ayant pas un recul de plusieurs décennies d’utilisation.
  • Le dosage utile : en général les recommandations des fabricants sérieux sont valables mais surtout pour éviter tout surdosage. En revanche, il est fréquent que les protocoles proposés soient en dessous de la dose efficace. Par exemple, de nombreux médecins fonctionnels ou anti-âge utilisent les vitamines B, C ou D, certains antioxydants, etc… à des doses bien supérieures aux recommandations standard.
  • L’avis d’un professionnel de santé : il est crucial pour personnaliser le dosage selon vos besoins spécifiques. Surtout dès qu’il s’agit de produits agissant sur le terrain hormonal. Attention!
  • Surveillance et adaptation du traitement : un traitement anti-âge se fait toujours sur le long terme. Il faut en évaluer les effets sur des marqueurs précis, sur les bénéfices ressentis, tout comme sur les éventuels effets secondaires.
  • Maintenez-vous informé(e) des dernières recherches sur les produits récents que vous prenez.
  • Je rajouterai par expérience (simple avis personnel) que plus vous avez de troubles ou fonctions sur lesquels le produit est sensé agir et mieux c’est.

Cette approche vous aidera à tirer le meilleur parti des compléments alimentaires anti-âge tout en minimisant les risques.

Conclusion : vigilance et information

Dans le cas de la spermidine, des recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre comment elle et d’autres polyamines peuvent s’employer efficacement en médecine anti-âge, et pour promouvoir la longévité. Si des effets intéressants sont maintenant explorés chez l’homme, sa distribution dans les tissus et organes est surtout observée sur des modèles animaux.

Plus généralement, les études citées mettent en lumière un manque relatif de connaissances (notamment sur le devenir après absorption des molécules proposées) dans l’emploi de compléments anti-âge relativement récents, qui n’ont pas un grand recul d’utilisation. Prudence donc, et circonspection pour le consommateur que vous êtes, en particulier sur les doses conseillées par les vendeurs de compléments alimentaires.

Retenez qu’une vitamine, un nutriment ou un extrait de plante n’ont pas d’effet par leur simple présence dans une gélule mais seulement par la dose correcte et suffisante (ni trop ni trop peu) qui doit, en outre, s’adapter à la constitution de chacun.

(1) Senekowitsch S, Wietkamp E, Grimm M, Schmelter F, Schick P, Kordowski A, Sina C, Otzen H, Weitschies W, Smollich M. High-Dose Spermidine Supplementation Does Not Increase Spermidine Levels in Blood Plasma and Saliva of Healthy Adults: A Randomized Placebo-Controlled Pharmacokinetic and Metabolomic Study. Nutrients. 2023 Apr 12;15(8):1852. doi: 10.3390/nu15081852. PMID: 37111071; PMCID: PMC10143675.
(2) Eisenberg, T., Abdellatif, M., Schroeder, S. et al. Cardioprotection and lifespan extension by the natural polyamine spermidine. Nat Med 22, 1428–1438 (2016). https://doi.org/10.1038/nm.4222