La North Carolina State University vient de publier un article faisant le point sur les interrogations concernant le sucralose, l’un des édulcorants artificiels les plus utilisés dans les boissons « sans sucre » et les produits allégés. Il ne s’agit pas d’une nouvelle étude montrant que le sucralose endommage notre ADN mais d’une synthèse de travaux antérieurs, complétée par des données scientifiques plus récentes.
L’étude qui a déclenché les inquiétudes
À l’origine de l’inquiétude se trouve une étude publiée en 2023 par une équipe de cette université. Les chercheurs s’étaient intéressés au sucralose-6-acétate, une substance chimiquement proche du sucralose pouvant être présente comme impureté dans certains produits.
Dans des expériences réalisées sur des cellules humaines en laboratoire, ce composé avait montré des effets génotoxiques, avec des signes de cassures de l’ADN. Les chercheurs avaient également observé, sur un modèle de tissu intestinal, une augmentation de la perméabilité de la barrière intestinale (le fameux leaky gut) ainsi qu’une activation de gènes liés au stress oxydatif et à l’inflammation.
Une étude plus ancienne, datant de 2018 et réalisée chez le rat, avait par ailleurs suggéré que le sucralose pouvait être transformé dans l’organisme en différents composés. Mais cette interprétation a depuis été remise en question : certaines molécules retrouvées chez les animaux pouvaient en réalité être des impuretés déjà présentes dans le produit administré.
D’autres études plus nuancées
Depuis, plusieurs éléments sont venus nuancer ces premières inquiétudes.
En février 2026, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a réévalué l’ensemble des données disponibles. Elle a maintenu la dose journalière admissible du sucralose à 15 mg/kg de poids corporel par jour, et a conclu que son utilisation actuelle comme additif alimentaire ne soulevait pas de problème particulier de génotoxicité.
Une autre étude publiée en août 2026 sur du sucralose commercial n’a pas retrouvé de signal global en faveur d’un effet mutagène ou génotoxique, même si certains tests ont donné des résultats difficiles à interpréter.
Il faut néanmoins noter que les auteurs de cette étude avaient cependant, pour plusieurs d’entre eux, des liens avec l’industrie, et que les édulcorants représentent un marché énorme. Ce sont des éléments à prendre en compte dans l’analyse des résultats.
D’autres recherches suggèrent que le sucralose pourrait avoir des effets biologiques. Une étude humaine publiée en 2025 a montré une modification transitoire de l’activité de l’hypothalamus, région cérébrale impliquée dans la faim. Une revue de 23 essais cliniques publiée en 2026 retrouve également des résultats contradictoires concernant la glycémie et le métabolisme.
Que retenir en pratique ?
À ce jour, il n’est donc pas démontré formellement que la consommation habituelle de sucralose endommage l’ADN chez l’être humain. Cela ne signifie non plus qu’il soit neutre sur le plan métabolique ou intestinal.
De plus, les études les plus modérées ne présentent pas forcément de caractère impartial.
Pour une alimentation favorable à la santé et à la longévité, la meilleure stratégie reste probablement de réduire progressivement notre besoin de goût sucré, plutôt que de remplacer systématiquement le sucre par des édulcorants. On peut éventuellement considérer ce besoin comme une sorte d’addiction mais il est toujours possible d’en sortir.

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