comprimés de DHEA

Très connue du public, la DHEA a été l’hormone star de l’anti-vieillissement en 2000.

Elle a des effets mesurés scientifiquement mais n’est cependant pas la panacée anti-âge que l’on a cru.

Alors, utile ou pas la Dhea ?

Article mis à jour le 22/07/2019

Que reste-t’il de cette hormone DHEA en 2019 ? Le Pr Etienne Beaulieu l’a découverte puis a démontré ses effets contre le vieillissement (étude DHEAge en 2000). Après que les médias l’aient largement mise en avant comme « pilule de jeunesse éternelle », est-elle tombée dans l’oubli aujourd’hui ?

Pas vraiment, mais si l’on veut rajeunir, il faudra l’inclure dans une approche globale : nutrition, hygiène de vie, activité physique, médecines naturelles, etc… comme toujours.

La DHEA : hormone ou précurseur hormonal ?

La DiHydroEpiAndrostènedione est produite naturellement par notre corps dans nos glandes surrénales. Elle est issue de la pregnénolone et c’est le précurseur des hormones testostérone, progestérone et oestrogènes.

Les effets de la DHEA

On a longtemps pensé qu’elle n’avait aucun effet sur l’organisme mais servait seulement à se transformer en hormones sexuelles. Elle aurait donc été un simple précurseur hormonal. Or, le Pr Beaulieu a démontré que la DHEA avait aussi sa propre action hormonale, même si les effets restent modérés.

Peu après, l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a jugé les preuves d’efficacité de la DHEA insuffisantes et déconseillé son usage au vu des effets indésirables potentiels.

La DHEA a, quand même, été classée dans les substances dopantes pour les sportifs en raison de son effet anabolisant sur les muscles. Ce qui parait un peu contradictoire…

L’étude « DHEAge » avait montré des effets intéressants, surtout chez les femmes de plus de soixante-dix ans : augmentation de la densité des os, augmentation de la libido, amélioration de l’état de la peau, et meilleure qualité de vie. Pour les hommes, la DHEA aurait une action légère contre les troubles de l’érection. Les effets varient beaucoup d’un sujet à l’autre, avec la même dose quotidienne apportée.

La baisse de DHEA en vieillissant

Comme beaucoup d’hormones, et comme toutes les hormones sexuelles, la production de DHEA diminue avec l’âge. A la soixantaine, les taux sanguins sont bien plus bas qu’à 20 ans : parfois seulement moins de 20% de taux résiduel est retrouvé en dosant la sDHEA (sulfate de DHEA) dans le sang.

On sait aujourd’hui que la baisse de ce taux est très variable d’une personne à l’autre. Ceci explique peut-être la variabilité des résultats de l’étude DHEAge, certaines personnes nécessitant des doses plus élevées que les autres.

DHEA et cancers hormono-dépendants

S’agissant d’une hormone qui peut se transformer en œstrogènes ou en testostérone, il parait logique de s’abstenir chez les personnes atteintes de cancers hormono-dépendants, et chez les personnes à haut risque (utérus, ovaires, sein, prostate).

Cependant, ce risque n’a pas pu être prouvé alors que des études sur des prises quotidiennes pendant 2 ans ont été faites. Notons aussi que plusieurs études sur l’animal montreraient, au contraire, de possibles effets anticancéreux.

Effets indésirables et contre-indications de la DHEA

Elle est contre-indiquée chez les femmes enceintes, celles qui allaitent et chez les enfants.

Selon le Vidal, les effets indésirables pourraient être : fatigue, hypertension, maux de ventre, diabète ou acné et, chez les femmes parfois, une augmentation de la pilosité.

On peut se poser deux questions :

– s’il s’agit d’un précurseur hormonal inefficace, comment pourrait-il entraîner des troubles hormonaux androgéniques (pilosité, acné…) ?

– d’un autre côté, pourquoi une hormone naturellement présente dans notre corps pourrait-elle être dangereuse pour des gens qui en manquent, si l’on ne fait que rétablir des taux sanguins normaux ?

Aucun effet secondaire sérieux n’a, en fait, été rapporté dans la littérature mondiale.

D’ailleurs, selon le rapport de l’AFSSAPS :

Dans une étude de toxicité chronique (chez le chien, 6 mois) il n’y a pas de signe toxique majeur en dehors de ceux attendus avec des dérivés stéroïdes hormonaux, apparaissant à des doses de l’ordre de 1500 mg/kg/j (soit plus de 30 fois les doses utilisées habituellement).
Ceci étant, il faudra toujours prendre la dose la plus faible possible pour obtenir un résultat sur le ressenti et le terrain hormonal. Inutile de surdoser.

Des effets confirmés à nouveau ?

Les médecins « anti-âge » ont une vision particulière des choses : ils pensent qu’en maintenant des fonctions hormonales à un niveau correct, on diminue les troubles liés au vieillissement et on améliore la vitalité générale.

Depuis le rapport français de l’Afssaps, de l’eau a coulé sous les ponts mais des chercheurs étrangers n’en sont pas restés là. Diverses études existent (japonaises, chinoises, américaines, suisses…) montrant à nouveau des effets positifs de la DHEA :

  • augmentation de la force et de la masse musculaire,
  • augmentation de la densité osseuse,
  • amélioration de la sècheresse vaginale à la ménopause (par voie locale),
  • augmentation de l’hormone de croissance (6 à 12%),
  • augmentation de la testostérone libre chez l’homme de la cinquantaine…

Ceci dit, il ne faut pas crier au miracle, et les effets sont souvent plus marqués après 70 ans.

En pratique, comment prendre de la DHEA ?

Certains médecins pensent que rétablir des taux de DHEA de la jeunesse ne peut qu’avoir des effets positifs sur les troubles liés au vieillissement. Aux USA, la DHEA est en vente libre, classée en complément alimentaire. En France, les autorités ont jugé que ce produit, même s’il ne montre pas de critères de dangerosité, a des effets très modérés sur les troubles de l’âge. Alors qu’on ne sait pas si un risque de favoriser les cancers hormonaux existe, l’Afssaps ne justifie donc pas son usage.

Que penser alors ? L’avis de l’Afssaps étant fondé sur des incertitudes, est-il pertinent (en dehors du principe de précaution) ?

Comme toujours, il n’y a pas de réponse absolue. Prendre systématiquement de la DHEA en vieillissant ne semble pas justifié. En revanche, pourquoi se priver des améliorations qu’elle peut apporter à certains sur les troubles liés au vieillissement ? Cela peut valoir le coup d’essayer.

Dans tous les cas, prendre de la DHEA soi-même, sans dosage ou évaluation biologique préalable est une bêtise.

Une mesure des taux sanguins préalables est nécessaire à une bonne adaptation des doses à prendre. Un avis médical est largement souhaitable. La prescription par médecin est d’ailleurs obligatoire en France.

Le médecin, au vu des résultats d’analyse et des symptômes présentés par le sujet décidera si un essai de traitement est souhaitable puis il ajustera les doses en fonction des résultats.

Les doses standards de départ sont généralement de 25 mg par jour pour les femmes et de 50 mg pour les hommes. A prendre le matin (quand sa production par le corps est normalement plus intense), et à moduler selon chaque cas.

La médecine anti-âge n’en est qu’à ses débuts et nous en apprendrons certainement encore sur la DHEA dans l’avenir.

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Etude DHEAge . Pr E Beaulieu et Coll. 2000

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