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Entre corps et
esprit, une
science du lien (2°
partie)
L’impact
négatif du stress sur la santé incite de plus en plus de
chercheurs à s’intéresser aux bienfaits des émotions
positives. Apparues plus récemment dans l’évolution,
celles-ci constituent sans doute un avantage évolutif
pour les animaux que nous sommes. |
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Quand la psychologie devient positive

En effet, si la peur et la colère sont
indispensables pour notre survie, ces émotions négatives ne sont
utiles que pour répondre à un danger réel ou prévoir certains
risques à long terme. En revanche, des émotions positives comme
le contentement, la joie ou l’enthousiasme permettent de se
projeter dans un avenir serein et, du coup, économiser de
l’énergie et préserver une meilleure santé.
Plusieurs études, parfois réalisées sur des périodes de vingt à
trente ans, le prouvent : les gens optimistes ont tendance à
vivre plus longtemps et en meilleure santé que ceux qui se
laissent envahir par le pessimisme. Apprendre à vivre dans le
présent, ne pas se faire du souci inutilement pour des choses
qui ne se produiront sans doute jamais, être capable de se
réjouir du verre à moitié rempli au lieu de se lamenter à propos
du verre à moitié vide. Ce sont les propositions du courant de
la « psychologie positive », actuellement encouragée par
l’American Psychological Association. Car, la capacité de
raisonner du cortex préfrontal (en particulier le gauche,
impliqué dans la gestion des émotions positives) permet de
prendre le recul nécessaire et, du coup, d’éviter de sombrer
dans le piège de l’anxiété, du stress et de l’épuisement
physique.
C’est tout un apprentissage. S’exercer à cette attitude positive
semble provoquer de véritables remaniements du cerveau dans le
sens d’une gestion émotionnelle plus équilibrée et, du coup,
protège la santé psychique et physique des individus.
On sait aujourd’hui que le cortex préfrontal gauche est plus
récent dans l’évolution du système nerveux que le cortex
préfrontal droit. Or, le développement de l’embryon, du fœtus et
du bébé retrace les différentes étapes de cette évolution. Il
n’est donc pas étonnant que l’enfant doive attendre la
maturation, plus tardive, du cortex gauche pour acquérir la
capacité de relativiser ses émotions négatives.
Plus tard, devenu adulte, il développera sa réflexion, élaborera
une philosophie, voire même des croyances religieuses, pour
garder l’espoir face à l’adversité. Car c’est l’une des
particularités de notre condition humaine, nous avons besoin
d’échapper à l’absurde pour continuer à vivre. « Avoir l’espoir
ne veut pas dire que nous pensons que les choses vont se
produire bien, mais que les choses auront un sens », a écrit
Vaclav Havel. Attribuer un sens aux évènements de notre vie
paraît essentiel à notre survie. Ainsi, de nombreuses études
mettent en évidence un accroissement de la qualité des défenses
immunitaires en fonction des croyances positives des individus.
L’humour, la propension à se réjouir et la capacité de faire
confiance.
Ce sont là autant d’atouts en faveur de la guérison, intervenant
notamment dans cet effet étrange que l’on appel « placebo ». Une
capacité d’auto-guérison qui repose avant tout sur la suggestion
et l’autosuggestion positive face à la maladie et à son
traitement.
Penser en termes d’information

Longtemps niée, la possibilité d’une influence
du psychisme sur la santé et la guérison n’est plus discutable.
L’étude des liens psycho-neuro-endocrino-immunologiques apporte
la preuve d’un continuum dans la transformation et la
circulation des informations au sein de l’être humain.
Pourtant, il est encore difficile de conceptualiser la réunion
des dimensions matérielles (le corps, ses mécanismes
physiologiques et ses réponses émotionnelles) et immatérielles
(la pensées, les croyances et les émotions vécues sous la forme
de sentiments). Souvent notre langage se révèle approximatif
pour décrire l’ensemble de notre expérience. Ceci est
particulièrement vrai lorsque, nous exprimant en français, nous
opposons le corps à l’esprit, oubliant au passage de préciser ce
que nous entendons par l’esprit. De ce point de vue, le
vocabulaire anglo-saxon est plus précis. Une précision très
appréciable lorsqu’il s’agit de traduire des concepts d’une
manière scientifique. Ainsi, par exemple, il paraît intéressant
de pouvoir décrire les différentes dimensions de l’expérience
humaine en parlant du corps (body), des émotions (soul), des
pensées et des raisonnements intellectuels (mind).
Trois niveaux d’information qui du plus matériel (le corps) au
plus immatériel (les pensées) s’articulent autour d’un pivot
central, véritable « cœur » de l’expérience humaine : les
émotions, vécues dans le corps sous la forme de réactions
physiques et traduites dans la pensée sous la forme de
sentiments. Les émotions : lien entre le matériel et
l’immatériel, dont l’étymologie latine (e-movere) nous rappelle
que celles-ci mettent le corps et la pensée en mouvement. Les
émotions qui constituent l’anima, l’âme (soul) qui anime le
vivant.
Aborder l’indivisibilité de l’individu en termes d’information
permet de suivre les chemins de l’évolution phylogénique du
cerveau humain.
En effet, en plus d’être constitué de deux hémisphères, notre
cerveau est le résultat d’une superposition de trois étages. Le
plus ancien, qualifié de reptilien, intervient dans le maintien
de l’homéostasie, équilibre indispensable du corps. Le plus
récent, appelé néocortex, est le siège de nos capacités de
raisonnements. Et, entre les deux, le système limbique ou
cerveau mammalien préside à l’élaboration de l’émotion. Ainsi à
travers nos trois niveaux de conscience – physique, émotionnel,
intellectuel - l’information qui nous constitue se transforme et
est traduite de la réalité corporelle à l’imagination, du
matériel à l’immatériel.
La voie étant ouverte dans les deux sens, cette information peut
aussi se métamorphoser de la pensée à l’action, de l’immatériel
au matériel. Dans une perspective unitaire, nous découvrons que
lorsque la circulation de l’information qui nous constitue est
fluide, nous accédons à un quatrième état de la conscience :
celui de l’expérience de l’esprit qui habite nos pensées, nos
émotions et notre corps.
Ce « souffle » qui nous traverse, le spirit anglo-saxon, le
spiritus latin. Cette conscience de tout ce que nous sommes dans
l’instant. C’est précisément ce que proposent certaines
spiritualités, véritables « sciences de l’esprit », en
recommandant la pratique de la méditation. Présent à nous-mêmes
dans l’instant, attentif à respirer en pleine conscience, nous
apprenons alors à apaiser nos pensées. Automatiquement, cela
rééquilibre nos émotions et détend notre corps. De récentes
études montrent qu’avec le temps, la pratique méditative permet
de stimuler plus facilement le cortex préfrontal gauche et, du
coup, génère davantage d’émotions positives et stimule les
défenses immunitaires .
Ainsi, après avoir analysé l’expérience humaine dans ses
moindres détails, entre physiologie et psychologie, la science
est en train de redécouvrir les liens qui permettent de
remplacer les « ou » par des « et ». Notre compréhension des
mystères du vivant y gagnera sans doute beaucoup.
Dr
Thierry Janssen

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